REFLEXION

EDUCATION, DÉVELOPPEMENT ET DÉMOCRATIE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE.

Introduction
Au sein des pays africains (particulièrement ceux sub-sahariens) un constat s’impose, les difficultés économiques et socio-politiques comme Le tâtonnement politique, la médiocrité des services publics, l’inertie et la mendicité financière[1], le faible profit sur les exploitations des propres ressources naturelles, des politiques « kleptocrates[2] », la marginalisation dans le concert de la mondialisation/globalisation[3]…, ne font que s’accroitre. Pourquoi ? C’est l’interrogation que chacun pourrait se poser devant ce portrait pas très reluisant de la terre de nos ancêtres. Pourquoi en effet un continent si riche de tant de ressources ne parvient-il pas à décoller, à se mettre au pas du progrès ? L’Afrique est riches de ressources certes, mais elle n’a pas appris à exploiter sa ressource fondamentale : la ressource humaine. Si seulement 1/10 des revenus des exploitations contribuait à promouvoir cette ressource par la promotion de la culture, de la recherche et de la science, l’Afrique aurait déjà réalisé le saut dont il a besoin pour rattraper son retard. Un saut qui se doit « Qualitatif », car la qualité étant de l’ordre de ce qui caractérise l’être, une de ses catégories fondamentales, l’Afrique a plus que besoin de « Qualifier » sa présence, son image, ses institutions et non jouer les victimes au devant d’un monde qui ne le marginalise que trop. En effet, ce qui « est » dans l’être n’est pas d’égale valeur à ce qui « s’ajoute » à l’être, ainsi que nous le nuance Sacha Guitry quand elle affirme que « le luxe (l’avoir) n’est qu’une affaire d’argent, mais l’élégance (qualité d’être) est une question d’éducation », pour dire que « ce que l’on a » vaut moins que « ce que l’on est ». Si ce qui donne l’avoir est bien et souhaitable, ce qui qualifie l’être est indispensable, essentiel et existentiel. Alors au lieu d’une course à l’avoir[4] les dirigeants africains doivent mener le combat pour « qualifier » l’Afrique. Et c’est l’éducation qui justement a cette fonction de qualifier l’homme, de faire de lui « ce qu’il est », de lui donner la conscience d’être comme nous l’enseigne Descartes[5]. Par conséquent toute action ayant pour finalité de spolier l’homme de la pensée va contre son épanouissement et son intégrité d’homme.

Malheureusement l’Afrique reste fortement marquée par une grande pauvreté culturelle. L’analyse du très fameux concept de « débrouillardise »[6], célèbre en Afrique, fait prendre conscience que dans le continent le « Qualitatif » est agonisant, tandis que la médiocrité s’érige en critère général de travail. Le développement de la « débrouillardise » et le nombre croissant de « débrouillards » est un pertinent indicateur de déficit en matière de formation et de qualification, mais plus encore du sous développement tout court. Un peuple sans culture est non seulement, priver de son âme, mais c’est encore et bien plus, un peuple condamné à l’inertie, au sous-développement, à l’appauvrissement intégral, sans précédent et à un « non-future ». Au regard d’une réalité aussi mitigée cette question diagnostique s’impose : Pourquoi l’éducation semble-t-elle être d’une importance secondaire en Afrique ?

Cependant, plutôt qu’un diagnostic c’est-à-dire, un « tourner autour des symptômes d’une maladie », n’est-il pas bien plus sage de commencer à chercher le remède et d’emprunter le chemin de la guérison. Notre réflexion se veut donc être un regard porté vers l’avenir. Ainsi notre argumentaire s’orientera vers la prospective du pourquoi l’éducation doit-elle devenir « la » priorité dans l’Afrique du sud Sahara (en vue d’un horizon de développement et de démocratie). Il s’articulera autour de trois thèses : (1) L’éducation participe à la construction de l’individu et de la société, (2) l’éducation est un processus jamais achevé et le dynamisme du progrès, (3) le développement et la démocratie sont facteurs de maturité sociale et d’équilibre politique. Une maturité et un équilibre que la culture et l’éducation contribuent à générer.

L’éducation est construction de l’individu et de la société.

« L’éducation a pour objet de superposer, à l’être individuel et asocial que nous sommes en naissant, un être entièrement nouveau. Elle doit nous amener à dépasser notre nature initiale : c’est à cette condition que l’enfant deviendra un homme. »

Emile Durkheim.

Durkheim écrit ces lignes en 1911 dans son ouvrage Education et sociologie. Il entrevoit l’éducation d’une part comme une voie de maturation et de progrès qualitatif de l’homme ; et d’autre part comme une renaissance. L’éducation devient donc un bon qualitatif que l’homme doit sans cesse faire pour devenir plus humain, c’est-à-dire en exorcisant sa nature « asociale » initiale pour faire émergé celle « sociale » qui le définie. Ainsi « L’enfant devient un homme » seulement dans la mesure où il fait preuve d’autonomie, de responsabilité et de solidarité au milieu de ces semblables. L’éducation devient par conséquent un chemin de maturation intégrale des personnes singulières, et de progrès de l’ensemble de la société, du fait que le premier entraine logiquement l’autre. C’est pourquoi nous croyons avec John Dewey que « l’éducation est un processus de vie, et non une préparation à la vie » Car, étant déjà dans l’existence l’homme ne peut continuer à la préparer, mais doit sans cesse se tourner vers l’amélioration de cette existence. Le développement est justement considéré aujourd’hui comme ce processus d’amélioration des conditions d’existences des individus au sein d’une société déterminé. Les sociétés qui ont du mal à atteindre le développement (pays sous-développés) se caractérisent souvent par une grande pauvreté industrielle et technologique, mais leur plus grande pauvreté est culturelle. Nous situons donc la pauvreté culturelle au fondement du sous-développement. Le premier épanouissement de l’homme se trouve dans l’éducation, qui lui confère non seulement une identité personnelle et sociale, mais aussi lui donne les instruments pour assumer et s’assumer comme individu libre et responsable à l’intérieur de la société, contribuant ainsi à sa construction. Même si les sociologues voient en l’homme un produit de la société, en tant que celui-ci est modelé et déterminé par elle, on ne saurait nier le rôle actif de l’homme dans le dynamisme social, comme bâtisseur et créateur d’idéaux qui engendre sans cesse de modèles nouveaux de sociétés. Et c’est avec raison que nous pensons avec Hegel que se sont les idées qui conduisent le monde. Les idées ne sont pas des données vides, mais elles sont chargées de sens, de signification, d’intention et de force d’action qui non seulement éclaire et guide, mais suscite l’action transformatrice de l’homme sur la réalité. Les idées pouvons-nous dire, sont génératrice de culture, entendu comme patrimoine historique, religieux, morale et scientifique d’une civilisation. Qui veut transformer la société doit favoriser la pensée et l’éveil intellectuel. Plus les individus au sein d’une société sont cultivés plus cette dernière évolue et prospère. Voilà pourquoi le colon, connaissant bien le pouvoir de l’éducation avait pour stratégie première de limiter l’accès à la culture aux colonisés, pour justement les abrutir et sauvegarder son hégémonie. La littérature coloniale sur le sujet et les différents écrits de revendication d’indépendance, nous édifient en la matière. Priver un individu d’éducation c’est le maintenir en situation de minorité (au sens kantien du terme), d’aliéné, de sujet, de spectateur, incapable de se gouverner, d’être acteur et de prendre en main sa propre destiné. Parmi les conséquences négatives de ce clivage du « noir » en primitif, le plus persistant est le désir d’être similaire au blanc. Frantz FANON en fait une description percutante dans « Peau noir, masque blanc » un roman plus que célèbre. En effet n’est-il pas habituel de croiser dans la rue une femme sur dix à la peau décapée et aux cheveux artificiels, ou un homme aux « cheveux frisés » avec des produits d’origines douteuses. Cette carence d’identité personnelle trahit un manque d’intégrité, d’acceptation de soi et un grand complexe d’infériorité. L’Homme africain ne doit plus continuer à être l’ombre de lui-même, mais devenir protagoniste et acteur de son histoire, pionnier de l’Afrique de demain. Sans nier son passé volé et violenté, et affrontant le présent de son image « stéréotypée[7] », marginalisée, méprisée, il doit aller serein, au devant d’un futur incertain certes, mais qu’il doit lui-même construire. Et pour ce faire, ne possède t-il pas déjà l’outil le plus efficace que la nature ait doté au genre humain : la capacité d’acquérir et de construire la culture.

L’éducation comme processus jamais achevé et dynamisme du progrès

« L’éducation est plus qu’un métier, c’est une mission, qui consiste à aider chaque personne à reconnaître ce qu’elle a d’irremplaçable et d’unique, afin qu’elle grandisse et s’épanouisse. »
Jean-Paul II

L’accès à l’éducation et à la culture est encore en Afrique un luxe difficile à s’offrir, non seulement du fait de la précarité économique de nombreuses familles mais aussi du manque de politiques éducatives adéquates en vue de favoriser « l’éducation pour tous » (EPT) : Un projet de l’UNESCO de grande envergure, mais qui, en Afrique subsaharienne n’arrive pas à dépasser l’étape de la théorie ou à s’enraciner véritablement. Lorsqu’on lit ledit rapport sur l’état actuel des pays de l’Afrique subsaharienne (rapport 2007 sur l’Education Pour Tous)[8] on est frappé par la lente croissance de l’alphabétisation et le difficile accès de tous, surtout des jeunes, à l’éducation et à la culture ; La persistance de la précarité des structures et le manque d’efficience des systèmes scolaires. L’Afrique se fait un peut trop souvent, en matière d’éducation, maître en projets mort-nés, c’est-à-dire de réalisation improbable ou jamais conduit à terme. Ce qui compromet par conséquent sa crédibilité et surtout sa capacité à amorcer véritablement un processus de développement social.

Souvent présentée comme continent de la précarité, où les conditions de vie au lieu de s’améliorer semblent de plus en plus se détériorer. Devant affronter de nombreux défis (démocratie, paix, développement, mondialisation, éducation…), et plus exploitée qu’aider, l’Afrique a pour impératif premier de qualifier ses structures de formation et d’enseignement si elle veut pouvoir rattraper son retard. Car dans le contexte mondial actuel de globalisation de l’économie, du marché de l’emploi, des technologies et des connaissances, l’éducation est devenue un élément fondamental de la préservation du succès économique et du développement social. La conscience que l’école en soi ne peut satisfaire aux fortes exigences liées au progrès comme la capacité de faire face à une concurrence à l’échelle mondiale, doit porter les Etats à un « aggiornamento » continu des travailleurs et des opérateurs sociaux pour les rendre plus compétents et compétitifs, en mesure de comprendre les sciences, les technologies et plus capable de s’adapter rapidement au changement. Ceci nécessite encore des structures de formations spécialisées et de spécialistes informés des changements qui s’opèrent dans les différents secteurs au niveau mondial. La tâche n’est pas simple, mais comme pour toute construction durable des fondements solides et profonds sont indispensables pour la solidité de l’édifice, la formation de base, celle là qui se donne de l’école primaire au lycée, doit donc subir une amélioration qualitative à partir de l’enseignant, en passant par les structures jusqu’aux élèves. Par amélioration qualitative il faut entendre le recrutement pour les écoles, d’enseignants qualifiés et leur « aggiornamento continuo», des structures scolaires ergonomiques et sans effectif pléthorique, la favorisation de l’éducation pour tous (en particulier des jeunes en milieu rurale), la lutte contre la fuite des cerveaux[9] (droit d’auteur, subventions de la recherche, salaire…). Notons en passant que si les USA tiennent la place de première puissance mondiale, c’est parce qu’ils ont su favorisé et subventionné la recherche scientifique et le développement de technologie de tout genre. Voilà pourquoi la majorité de cerveaux en fuite s’oriente vers les USA. L’Afrique doit former et trouver des stratégies pour conserver son élite, si elle veut siéger à la table des « grands ».

Le développement et la démocratie, facteurs de maturité sociale et d’équilibre politique

« Le véritable progrès démocratique n’est pas d’abaisser l’élite au niveau de la foule mais d’élever la foule vers l’élite. »
Gustave le bon

Le développement entendu comme « processus de changement progressif, constant et qualitatif de l’existence accompagnant l’homme et/ou la société au long de son évolution »[10] ne peut se faire sans éducation. Le développement va de pair avec le changement de mentalité que produit l’éducation, il se prépare dans, et par l’éducation. Un processus de développement réussi intègre la démocratie comme système opportun de fonctionnement des institutions sociales. La démocratie comme système sociale n’est peut être pas le plus idéal, car ayant aussi ces propres limites, mais il est certainement celui qui fonctionne le mieux en cette période de l’histoire. Nous pensons avec certitude qu’Education, Développement et Démocratie se situent dans une même ligne de continuité et sont étroitement liés. Aucune nation en effet ne peut prétendre à l’un sans avoir suffisamment satisfait aux exigences de l’autre. Les sociétés développées ont besoin pour se maintenir, de citoyens mieux informés, plus qualifiés et plus responsables. La décentralisation réussie de l’administration publique qui les caractérise, met en vedette la participation populaire, l’autonomie et la responsabilité à tous les niveaux sociaux, surtout dans les sphères provinciales et municipales. La capitale n’est plus le centre de tout et pour tout, mais c’est le pays entier, convergeant ses forces intellectuelles, technologique et physique, qui se met en mouvement vers le progrès et la croissance.

David_BZM
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[1] Pourquoi l’Afrique devrait-elle continuer à tenir le rôle de mendiant malgré sa richesse abondante en ressources naturelles ? une demande qui mérite une réflexion particulière.
[2] Homme politique qui rançonne son pays.
[3] Ne disposant pas d’atout et de volonté d’émergence, ou trop complexé, l’Afrique se contente trop souvent ne jouer la victime et de prendre le dernier rang.
[4] L’enrichissement illicite des hommes d’états africains est monnaie courante, ceci pour continuer verser des « pour boire » à certain dirigeants du nord en vue de conserver le pouvoir (source film MOBUTU roi du Zaïre).
[5] « Cogito ergo sum » cartésien.
[6] On parle de débrouillardise en Afrique pour signifier une activité lucrative informelle exercer par un tiers possédant peu ou pas les qualifications requises. Aussi voit-on beaucoup s’improviser maçons, électriciens ou mécaniciens et autres.
[7] En référence aux clichés sur l’homme noir très répandu en Occident : africain = le pauvre, l’homme affamé, le voleur du coin de la rue, le petit gangster qui aime la musique rap, etc.
[8] Fichier pdf, Site de l’UNESCO : http://unesdoc.unesco.org/images/0014/001485/148550F.pdf
[9] La fuite des cerveaux se produit, dit-on, lorsqu’un pays perd sa main d’oeuvre qualifiée en raison de l’émigration. Le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud) note qu’en Afrique, l’élément le plus frappant est l’exil des médecins. Au moins 60 % des médecins formés au Ghana dans les années 80 ont quitté le pays (source www.afrik.com/article6696.html ).
[10] Dizionario di scienze dell’educazione, 2a edizione riveduta e aggiornata LAS, Roma. 2008

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DE LA DEMOCRATIE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE
Dictature en Afrique

Pauvre Afrique, pauvres africains
aurons-nous jamais un leader un vrai?
nos combats, nos luttes, nos efforts en vain
pour la paix, la liberté et le peuple souverain…

Afrique des dirigeants corrompus,
Afrique des alliances rompues,
Afrique des promesses non tenues

Afrique à la liberté bâillonnée
Afrique à l’histoire falsifiée
Afrique des faux traités
Afrique des dirigeants mal intentionnés

Afrique des africains aliénés
Afrique mon Afrique piégée
Afrique mon Afrique pillé

Afrique, ton réveil n’a t-il pas sonné?
Afrique debout, montre a tous ta fierté
Afrique libère-toi des dictateurs d’argent assoiffés,

Afrique mon Afrique debout,
La route est longue, mais surtout,
par ton courage et ta foi tu iras jusqu’au bout…

Publié dans : ||le 10 avril, 2010 |1 Commentaire »

1 Commentaire Commenter.

  1. le 26 juillet, 2012 à 3:10 O.N.N.N écrit:

    Je n’ai pas de commentaire à faire car,je pourrais tout dénaturer avec mes faibles mots.Je peux simplement te dire merci et bonne continuité que Dieu accomplisse en toi ce qu’il a commencé.

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